Vendre sur Etsy, Vinted ou Amazon : ce que la plateforme déclare au fisc
Les plateformes transmettent vos revenus au fisc. Et la commission qu'elles prélèvent n'est pas déductible : vous cotisez sur le montant brut.
En brefLes plateformes transmettent chaque année vos revenus à l'administration fiscale, et vous adressent en janvier un récapitulatif des opérations de l'année précédente.Le piège principal n'est pas fiscal mais social : la commission prélevée par la plateforme n'est pas déductible. Vous cotisez sur le prix payé par l'acheteur, pas sur ce que vous recevez.Pour la vente de biens, la plateforme est dispensée de déclarer les vendeurs ayant réalisé moins de 30 opérations et moins de 2 000 € dans l'année.
Etsy, Vinted, Amazon, Leboncoin, Malt, Airbnb : la vente par plateforme est devenue le premier canal de beaucoup de micro-entrepreneurs. Elle a l'immense avantage d'apporter l'audience, et un inconvénient que personne ne mesure avant la première déclaration.
Cet inconvénient tient en une phrase : le régime micro vous fait cotiser sur une somme que vous n'avez jamais touchée. Voici le mécanisme, les montants, et ce que l'administration sait déjà de vous.
Ce que les plateformes transmettent au fisc
Depuis l'entrée en vigueur de la directive européenne dite DAC7, les opérateurs de plateformes sont tenus de communiquer aux administrations fiscales les informations relatives aux opérations réalisées par leurs vendeurs et prestataires.
Le récapitulatif de janvier
Le dispositif prévoit deux obligations distinctes, et c'est la seconde qui vous concerne directement. La plateforme doit :
- transmettre à l'administration, au plus tard début février, les données relatives aux opérations de l'année écoulée ;
- vous adresser en janvier un récapitulatif des opérations que vous avez réalisées.
Ces données alimentent ensuite votre déclaration de revenus préremplie. Autrement dit, l'administration connaît vos ventes avant que vous ne les déclariez — le détail du dispositif est publié par impots.gouv.fr. La quasi-totalité des grandes plateformes y sont soumises : Airbnb, Booking, Uber, Deliveroo, Amazon, Cdiscount, Leboncoin, Vinted.
Les seuils en dessous desquels la plateforme ne déclare pas
Une exemption existe, mais elle est étroite et souvent mal comprise.
Pour les ventes de biens, l'opérateur est dispensé de déclarer un vendeur qui a réalisé moins de 30 opérations et moins de 2 000 € de revenus dans l'année. Les deux conditions sont cumulatives : 29 ventes pour 3 000 € sont déclarées, tout comme 40 ventes pour 900 €.
Cette exemption ne vaut que pour la transmission d'informations. Elle ne vous dispense de rien : un revenu non transmis reste un revenu imposable.
Vente occasionnelle ou activité professionnelle
C'est la première question à trancher, avant même de parler de cotisations.
Revendre sa propre garde-robe sur Vinted n'est pas une activité professionnelle : c'est une cession de biens personnels, en principe non imposable — avec une exception pour les objets d'art, les métaux précieux et les biens cédés au-delà de certains montants.
En revanche, l'administration retient le caractère professionnel dès lors que les opérations sont habituelles et réalisées dans un but lucratif. Les indices classiques :
- vous achetez pour revendre, au lieu de céder ce que vous possédiez déjà ;
- vous fabriquez ou transformez les objets vendus ;
- les ventes sont régulières, nombreuses et étalées dans le temps ;
- vous utilisez des outils professionnels — boutique dédiée, publicité, stock.
Dès que ces indices sont réunis, l'immatriculation est obligatoire, et la micro-entreprise est le régime le plus simple pour le faire. Le portail de l'économie collaborative d'impots.gouv.fr précise les cas limites.
Le piège n° 1 : la commission n'est pas déductible
C'est le point le plus coûteux de tout cet article, et il est écrit noir sur blanc par l'administration.
L'Urssaf liste explicitement, parmi les charges non déductibles du chiffre d'affaires, « les commissions facturées à l'auto-entrepreneur par les plateformes de mise en relation » — voir la fiche officielle sur la détermination du chiffre d'affaires.
Le chiffre d'affaires à déclarer est le montant brut, c'est-à-dire le prix payé par l'acheteur, avant tout prélèvement de la plateforme.
Déroulons sur une année. Un créateur vend 30 000 € sur une plateforme qui prélève 20 % de commission, soit 6 000 €. Il encaisse réellement 24 000 €.
| Ce qu'il croit devoir déclarer | Ce qu'il doit réellement déclarer | |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 24 000 € | 30 000 € |
| Cotisations à 12,3 % | 2 952 € | 3 690 € |
| Écart annuel | — | 738 € |
738 € de cotisations supplémentaires sur une somme jamais perçue. Et l'effet ne s'arrête pas là : c'est aussi le montant brut qui compte pour vos seuils. Ce vendeur est à 30 000 € de son plafond, pas à 24 000 €. Notre guide des plafonds de la micro-entreprise détaille ce calcul.
Le piège n° 2 : les frais de port et d'emballage
Même logique, même conséquence.
L'Urssaf range dans les charges non déductibles « les frais engagés, facturés ou non avec la vente », en citant nommément l'emballage, l'expédition et la livraison. Si l'acheteur paie 45 € dont 5 € de port, votre chiffre d'affaires est de 45 €.
La conséquence tarifaire est la même que pour n'importe quelle refacturation de frais : le port doit être majoré pour couvrir les cotisations qu'il engendre, faute de quoi chaque expédition vous coûte de l'argent. Notre article sur la refacturation de frais à un client donne la méthode de calcul, et celui sur les frais non déductibles explique pourquoi le régime micro fonctionne ainsi.
Ce qu'il faut déclarer, exactement
Résumons les règles posées par l'Urssaf, parce qu'elles sont contre-intuitives prises une à une.
- Le montant brut, avant commission, avant frais de plateforme, avant retenue d'aucune sorte.
- Hors TVA si vous y êtes assujetti ; en franchise en base, le montant facturé tel quel.
- À la date de l'encaissement, c'est-à-dire du versement par la plateforme, et non à la date de la commande.
- Pourboires inclus, le cas échéant — ils font partie du chiffre d'affaires.
- Dons de financement participatif inclus également.
Deux exceptions seulement échappent à cette règle : les débours, c'est-à-dire les avances engagées au nom et pour le compte du client avec une facture à son nom, et les rétrocessions d'honoraires entre professionnels libéraux.
La date d'encaissement mérite une attention particulière : beaucoup de plateformes versent avec quinze jours à un mois de décalage. Une vente du 28 décembre réglée le 10 janvier appartient à l'exercice suivant, ce qui peut jouer sur un seuil.
Les remboursements et les annulations
Fréquents dans la vente en ligne, et leur traitement dépend d'une seule chose : la date.
Si le remboursement intervient avant la déclaration de la période concernée, il suffit de déclarer le montant net. Une vente de 250 € en mars partiellement annulée à hauteur de 100 € en avril donne un chiffre d'affaires déclaré de 150 €.
Si le remboursement intervient après la déclaration, il faut effectuer une déclaration rectificative portant sur la période d'origine — et non déduire la somme du trimestre en cours. Notre article sur l'avoir en micro-entreprise détaille cette mécanique, document par document.
La TVA quand la plateforme est étrangère
Un point technique, mais qui concerne beaucoup de monde dès la première vente.
La commission facturée par une plateforme établie dans un autre État membre est une prestation de services intracommunautaire. Même en franchise en base, elle vous oblige à disposer d'un numéro de TVA intracommunautaire et à autoliquider la TVA sur cette commission.
C'est une obligation réelle, souvent ignorée, et sans rapport avec votre propre régime de franchise : elle découle du lieu d'établissement de votre prestataire. Notre guide de la TVA en micro-entreprise et notre article sur la facturation à un client étranger traitent les deux faces de la question.
Facturation, e-reporting et obligations du site
Dernier volet, celui qui change en 2027.
Vendre par plateforme ne vous dispense pas d'émettre des factures : la facture est obligatoire au-delà de 25 € TTC pour une prestation de services, et sur demande du client en toutes circonstances. La plupart des plateformes en génèrent, mais vérifiez qu'elles portent bien vos mentions et non seulement celles de la place de marché.
À partir du 1er septembre 2027, vos ventes aux particuliers relèveront de l'e-reporting, c'est-à-dire de la transmission périodique des données de transaction. Et si vous vendez aussi depuis votre propre site, les obligations d'affichage s'ajoutent — voir notre article sur la vente en ligne en micro-entreprise.
Un conseil pour finir, purement pratique : exportez chaque mois le relevé de la plateforme et rapprochez-le de votre livre de recettes. C'est le seul moyen de vérifier que vous déclarez bien le brut, et non le virement reçu.