Ajouter ou changer d'activité en micro-entreprise : la marche à suivre

Plusieurs activités sous un même SIREN, c'est possible et gratuit. Mais chaque catégorie garde son taux, et l'activité mixte a deux plafonds.

Déclarer l'ajout ou le changement d'activité d'une micro-entreprise
En brefUne micro-entreprise peut exercer plusieurs activités sous un même numéro SIREN. Il n'est pas nécessaire d'en créer une seconde.La déclaration se fait au guichet unique de l'INPI, gratuitement, et met environ un mois à produire ses effets sur les registres.Chaque activité conserve son propre taux de cotisations : vous déclarez vos recettes séparément, par catégorie.

Votre activité a dérivé. Le graphiste s'est mis à vendre des tirages, la coach a ajouté des formations en ligne, l'artisan a commencé à revendre du matériel. Et la question tombe : faut-il déclarer quelque chose ?

Oui, et c'est plus simple qu'on ne le craint. Mais les conséquences sur vos cotisations et vos plafonds, elles, méritent d'être comprises avant de se lancer.

Oui, une micro-entreprise peut exercer plusieurs activités

C'est le premier malentendu à lever : il n'existe aucune limite au nombre d'activités exercées sous un même statut.

Un entrepreneur individuel peut exercer plusieurs activités portées par le même numéro SIREN. Vous n'avez donc ni à créer une seconde micro-entreprise — ce qui est d'ailleurs impossible, une personne physique ne pouvant en détenir qu'une — ni à choisir entre vos activités.

Ce qu'il faut faire, en revanche, c'est les déclarer. Une activité exercée mais non déclarée pose deux problèmes : elle n'est pas couverte par votre assurance professionnelle, et elle fausse le calcul de vos cotisations si elle relève d'une autre catégorie.

Activité principale et activité secondaire

La distinction n'a rien de cosmétique : elle détermine votre rattachement administratif.

Comment se détermine l'activité principale

C'est celle qui génère le chiffre d'affaires le plus important. Elle peut donc changer d'une année sur l'autre sans que vous fassiez quoi que ce soit — et c'est à vous de le signaler quand la bascule devient durable.

Elle fixe votre code APE, votre rattachement éventuel à une chambre consulaire, et dans certains cas votre caisse de retraite.

Pourquoi cela change votre taux de cotisations

Contrairement à une idée répandue, l'activité principale n'impose pas son taux à tout le chiffre d'affaires. Chaque catégorie conserve le sien, et vous déclarez vos recettes séparément.

Taux applicables par catégorie d'activité en 2026
CatégorieTaux 2026Abattement fiscal
Vente de marchandises (BIC)12,3 %71 %
Prestations de services commerciales et artisanales (BIC)21,2 %50 %
Autres prestations de services (BNC)25,6 %34 %
Professions libérales réglementées (Cipav)23,2 %34 %

Un artisan qui facture 30 000 € de prestations et revend 8 000 € de fournitures déclare donc 30 000 € à 21,2 % et 8 000 € à 12,3 %, et non 38 000 € à un taux unique. Notre article sur ce qui reste sur 1 000 € facturés détaille l'effet de chaque taux.

L'activité mixte et ses plafonds

C'est la conséquence la plus technique, et celle qui réserve les mauvaises surprises.

Dès que vous combinez vente de marchandises et prestations de services, votre situation devient « mixte », et deux plafonds s'appliquent simultanément :

  • le chiffre d'affaires global, toutes activités confondues, ne doit pas dépasser 203 100 € ;
  • la part relevant des prestations de services ne doit pas dépasser 83 600 € à elle seule.

Autrement dit, le plafond le plus généreux ne relève jamais le plafond le plus bas. Un commerçant à 150 000 € de ventes qui ajoute 90 000 € de prestations sort du régime, malgré un total inférieur à 203 100 €.

Les seuils de franchise de TVA obéissent à la même logique, avec leurs propres montants. Notre guide des plafonds de la micro-entreprise détaille les combinaisons, y compris la proratisation la première année.

La déclaration au guichet unique

Depuis 2023, toutes les formalités d'entreprise passent par un point d'entrée unique, opéré par l'INPI.

  1. Connectez-vous à https://formalites.entreprises.gouv.fr avec votre compte.
  2. Choisissez une formalité de modification d'entreprise.
  3. Déclarez l'ajout, la suppression ou le changement d'activité, en décrivant précisément la nouvelle activité exercée.
  4. Indiquez laquelle devient l'activité principale si l'équilibre a changé.
  5. Validez : la démarche est gratuite et le guichet transmet aux organismes concernés.

Comptez environ un mois pour que l'inscription modificative soit portée aux registres et que le code APE soit éventuellement mis à jour. Le service public détaille les pièces attendues selon la nature de la modification.

Le code APE, et ce qu'il détermine réellement

Il attire beaucoup d'inquiétude pour un rôle plus modeste qu'on ne le croit.

Le code APE est attribué par l'Insee à des fins statistiques. Il ne détermine ni votre régime fiscal, ni votre taux de cotisations, ni le droit d'exercer une activité. Un code inexact n'interdit rien.

Il a néanmoins trois effets pratiques : il conditionne la convention collective applicable si vous embauchez, il sert de référence à certains assureurs, et il figure sur vos documents officiels. Une demande de correction se fait directement auprès de l'Insee.

Les cas où il vaut mieux séparer

Tout regrouper n'est pas toujours le bon choix. Trois situations justifient de réfléchir.

Les plafonds deviennent contraignants. Si l'une des activités approche seule son propre plafond, l'addition peut vous faire sortir du régime plus vite que prévu.

Les risques sont de nature très différente. Une activité de conseil et une activité de travaux manuels n'appellent pas la même couverture — voir notre article sur l'assurance professionnelle. Un assureur peut refuser de couvrir une activité qu'il n'a pas évaluée.

L'une des activités est réglementée. Diplôme, qualification professionnelle, agrément, inscription à un ordre : certaines activités ne s'ajoutent pas d'un clic. L'artisanat en compte plusieurs, les métiers du bien-être et du conseil financier également.

Dans ce dernier cas, la déclaration au guichet unique sera bloquée tant que les justificatifs ne sont pas produits — ce qui est préférable à un contrôle ultérieur.

Trois exemples concrets

Les règles ci-dessus prennent tout leur sens appliquées à des situations réelles.

La graphiste qui vend des tirages. Son activité de création relève des BNC à 25,6 %. La vente de tirages papier est une vente de marchandises à 12,3 %. Elle devient mixte, déclare deux lignes, et surveille désormais deux plafonds. L'ajout est fiscalement avantageux : la vente supporte un taux deux fois plus faible et un abattement de 71 % au lieu de 34 %.

Le plombier qui revend du matériel. Ses interventions sont des prestations de services artisanales à 21,2 %. Les pièces revendues avec marge relèvent de la vente à 12,3 %. Attention toutefois : lorsque la fourniture est indissociable de la prestation et qu'elle n'est pas facturée séparément, l'ensemble reste une prestation de services. La ventilation suppose donc une facturation distincte, ligne par ligne.

La consultante qui ouvre une boutique en ligne. Le conseil reste en BNC ; les formations enregistrées vendues en téléchargement sont des prestations de services dématérialisées, et les objets physiques expédiés sont de la vente. Trois lignes possibles sur une même déclaration — et des obligations de site à respecter, détaillées dans notre article sur la vente en ligne en micro-entreprise.

Le fil conducteur de ces trois cas : c'est la nature de ce que paie le client qui classe la recette, pas votre métier ni votre code APE.

Ce qu'il faut mettre à jour après

La modification administrative ne suffit pas : une poignée de documents suivent.

  • vos factures et devis, si la nature de votre activité y est décrite ;
  • vos CGV et conditions de vente, pour couvrir la nouvelle prestation ;
  • les mentions légales de votre site, qui reprennent votre activité déclarée ;
  • votre contrat d'assurance responsabilité civile professionnelle ;
  • votre déclaration de chiffre d'affaires, qui comportera désormais plusieurs lignes.

Ce dernier point est le plus immédiat : dès la déclaration suivante, votre formulaire URSSAF proposera une ligne par catégorie. Il faut y ventiler correctement vos recettes, faute de quoi le taux appliqué sera faux. Notre guide de la déclaration URSSAF explique cette ventilation.

Un dernier effet, à connaître si vous exercez une profession libérale réglementée : ajouter une activité commerciale ne vous fait pas quitter la Cipav pour autant, mais le rattachement de chaque activité suit sa propre logique. Vos droits à la retraite se calculent alors sur l'ensemble — voir notre article sur les trimestres de retraite.

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