Combien reste-t-il vraiment sur 1 000 € facturés en micro-entreprise ?

876 € en vente, 785 € en services BIC, 742 € en BNC après cotisations. Le calcul complet, impôt et frais compris, avec les taux 2026.

Décomposition de ce qui reste sur 1 000 € encaissés en micro-entreprise
En brefSur 1 000 € encaissés, il reste 876 € en vente, 785 € en prestations de services BIC et 742 € en BNC une fois les cotisations et la contribution formation payées.L'impôt sur le revenu vient après, et il ne porte pas sur le chiffre d'affaires mais sur un revenu forfaitaire après abattement.Ces montants ne tiennent compte d'aucun frais professionnel : en micro-entreprise, ils ne sont jamais déductibles.

C'est la question que tout le monde se pose et que peu de sites traitent complètement : quand un client vire 1 000 €, combien arrive réellement sur le compte personnel ?

La réponse dépend de trois couches successives, et d'une quatrième que l'on oublie presque toujours. Voici le calcul complet, avec les taux 2026.

Le principe : on cotise sur le chiffre d'affaires, pas sur le bénéfice

C'est la différence fondamentale entre la micro-entreprise et toutes les autres formes d'activité, et elle explique l'essentiel du calcul.

Une société paie des cotisations sur son bénéfice, c'est-à-dire après déduction de ses achats et de ses charges. Un micro-entrepreneur paie sur la totalité de ce qu'il encaisse. Que vous ayez acheté pour 600 € de matériel ou pour rien du tout, la base est la même.

En contrepartie, le calcul est immédiat et il n'y a pas de comptabilité à tenir. C'est un échange : de la simplicité contre de la déductibilité. Notre article sur les frais non déductibles explique où se situe le point de bascule.

Couche 1 : les cotisations sociales

Elles sont prélevées à chaque déclaration, mensuelle ou trimestrielle, sur le chiffre d'affaires encaissé de la période. Les taux 2026 publiés par l'Urssaf sont les suivants.

Cotisations sociales du micro-entrepreneur en 2026
ActivitéTaux 2026Sur 1 000 €
Achat-revente de marchandises (BIC)12,3 %123 €
Prestations de services commerciales et artisanales (BIC)21,2 %212 €
Autres prestations de services (BNC)25,6 %256 €
Professions libérales réglementées (Cipav)23,2 %232 €
Meublés de tourisme classés6 %60 €

Ces taux couvrent l'intégralité de la protection sociale obligatoire : maladie-maternité, indemnités journalières, invalidité-décès, retraite de base, retraite complémentaire, allocations familiales, CSG-CRDS.

Une règle vaut d'être rappelée : zéro encaissé, zéro à payer. Contrairement au régime des travailleurs indépendants classiques, il n'existe aucune cotisation minimale en micro-entreprise.

Couche 2 : la contribution à la formation professionnelle

Discrète, faible, mais systématiquement oubliée dans les calculs que l'on trouve en ligne.

  • 0,1 % du chiffre d'affaires pour les commerçants ;
  • 0,3 % pour les artisans ;
  • 0,2 % pour les professions libérales, réglementées ou non.

Sur 1 000 €, cela représente 1 à 3 €. Sur une année à 45 000 € de chiffre d'affaires, entre 45 et 135 €. Elle ouvre en contrepartie un droit à la formation professionnelle, à condition d'avoir déclaré un chiffre d'affaires positif l'année civile précédente.

Ce qui reste après les prélèvements sociaux

En additionnant les deux premières couches, voici le montant qui reste effectivement disponible sur 1 000 € encaissés.

Reste après cotisations et contribution formation, avant impôt
ActivitéPrélèvement totalReste sur 1 000 €
Achat-revente (commerçant)12,4 %876 €
Prestations de services BIC (artisan)21,5 %785 €
Prestations de services BIC (commerçant)21,3 %787 €
Autres prestations de services (BNC)25,8 %742 €
Profession libérale Cipav23,4 %766 €

Ces chiffres sont ceux à retenir pour fixer un prix : ce sont eux, et non le montant facturé, qui financent votre activité et votre vie. Notre article sur le calcul du TJM montre comment remonter d'un revenu souhaité vers le chiffre d'affaires correspondant.

Couche 3 : l'impôt sur le revenu

Il arrive ensuite, et deux mécanismes coexistent. Le choix entre les deux se fait une fois par an.

Le régime de droit commun. Votre chiffre d'affaires est réduit d'un abattement forfaitaire pour frais professionnels — 71 % en vente, 50 % en prestations de services BIC, 34 % en BNC, avec un minimum de 305 € — et le résultat s'ajoute aux autres revenus du foyer, imposé au barème progressif.

Sur 1 000 € en BNC, la base imposable est donc de 660 €. À une tranche marginale de 11 %, l'impôt est d'environ 73 € ; à 30 %, d'environ 198 €.

Le versement libératoire. Sur option et sous condition de revenu fiscal de référence, l'impôt est prélevé avec les cotisations, à 1 % en vente, 1,7 % en prestations de services et 2,2 % en BNC — taux publiés par impots.gouv.fr. Sur 1 000 € en BNC, cela représente 22 €.

L'écart est frappant, mais il ne signifie pas que le versement libératoire est toujours avantageux : il ne l'est que si vous êtes effectivement imposable. Un foyer non imposable qui opte pour le versement libératoire paie un impôt qu'il ne devait pas. Notre article sur le versement libératoire donne la règle de décision.

Le tableau complet, tout compris

Voici, sur 1 000 € encaissés, ce qui reste réellement selon la situation fiscale.

Montant disponible sur 1 000 € encaissés, selon le régime fiscal
SituationVenteServices BICBNC
Après cotisations et formation876 €785 €742 €
Avec versement libératoire866 €768 €720 €
Barème, tranche à 11 %844 €730 €669 €
Barème, tranche à 30 %789 €635 €544 €

La ligne la plus instructive est la dernière. Un micro-entrepreneur en BNC dont le foyer se situe dans la tranche à 30 % conserve un peu plus de la moitié de ce qu'il facture — avant d'avoir payé le moindre frais professionnel.

Ce que ces chiffres ne montrent pas encore

Trois postes viennent s'ajouter, et ils ne dépendent pas du montant facturé.

Les frais professionnels. Assurance, logiciels, matériel, déplacements, formation : ils se paient sur ce qui reste, sans aucune déduction. Comptez 3 000 à 6 000 € par an pour une activité de services équipée normalement.

La cotisation foncière des entreprises. Due à partir de la deuxième année d'activité, elle varie fortement selon la commune — de quelques dizaines à plus de mille euros. Notre article sur la CFE en micro-entreprise détaille les cas d'exonération.

La TVA, au-delà des seuils. Elle n'est pas une charge — vous la collectez et la reversez — mais elle modifie vos prix affichés et votre trésorerie. Voir notre guide de la TVA en micro-entreprise.

Un exemple sur une année entière

Les pourcentages parlent mal ; les montants annuels parlent mieux.

Prenons une consultante en BNC qui encaisse 45 000 € sur l'année, imposée dans la tranche à 11 %, avec 4 500 € de frais professionnels et 400 € de CFE.

  1. Chiffre d'affaires encaissé : 45 000 €.
  2. Cotisations sociales à 25,6 % : 11 520 €.
  3. Contribution formation à 0,2 % : 90 €.
  4. Frais professionnels non déductibles : 4 500 €.
  5. Cotisation foncière des entreprises : 400 €.
  6. Revenu imposable après abattement de 34 % : 29 700 €, soit environ 1 900 € d'impôt compte tenu des tranches.
  7. Reste disponible : environ 26 590 €, soit 2 216 € par mois.

Autrement dit, 45 000 € de chiffre d'affaires correspondent à environ 2 200 € par mois. C'est le rapport qu'il faut avoir en tête avant d'accepter une mission ou de fixer un tarif.

Les trois leviers qui améliorent réellement le rapport

Le taux de cotisations ne se négocie pas. Trois marges de manœuvre existent néanmoins, et elles sont toutes à votre main.

Le prix. C'est le levier le plus direct et le plus sous-utilisé. Une hausse de 10 % du tarif se retrouve intégralement dans le reste disponible, puisque les prélèvements sont proportionnels : sur 45 000 € de chiffre d'affaires, elle représente environ 3 300 € de plus par an, sans une heure de travail supplémentaire.

La structure des frais. Puisqu'ils ne sont pas déductibles, chaque euro de frais évité est un euro net gagné. C'est l'inverse exact du raisonnement d'une société, où une dépense professionnelle réduit l'impôt. En micro, un abonnement inutile coûte son prix plein.

Le choix du régime fiscal. Versement libératoire ou barème progressif : l'écart peut atteindre plusieurs centaines d'euros par an sur un chiffre d'affaires moyen. Ce choix se revoit chaque année, et il dépend du revenu global du foyer, pas seulement de votre activité.

Un quatrième levier existe, plus radical : changer de régime. Dès que les frais professionnels dépassent durablement l'abattement forfaitaire, l'entreprise individuelle au réel devient plus avantageuse. Notre article sur micro-entreprise ou société pose les termes de cette comparaison.

La comparaison avec un salaire, correctement posée

Elle est souvent faite à l'envers, ce qui alimente beaucoup de déceptions.

Les 742 € qui restent sur 1 000 € en BNC ne sont pas l'équivalent d'un salaire net : ils s'en rapprochent davantage d'un salaire brut, puisque l'impôt n'est pas encore payé et qu'aucun frais professionnel n'est couvert.

Surtout, la protection sociale n'est pas identique. Un micro-entrepreneur ne cotise pas à l'assurance chômage, ses indemnités journalières sont calculées sur un revenu forfaitaire, et ses droits à la retraite dépendent directement de son chiffre d'affaires. Notre article sur l'arrêt maladie en micro-entreprise chiffre concrètement cette différence.

La règle de conversion usuelle, pour un ordre de grandeur : un salaire net mensuel de X correspond à un chiffre d'affaires d'environ 1,6 à 1,9 fois X en prestations de services, une fois les frais et la protection sociale pris en compte.