Calculer son TJM en micro-entreprise : la méthode qui intègre les cotisations
On divise, on ne multiplie pas — et on ne facture jamais 218 jours. La méthode en cinq étapes, avec un exemple chiffré complet.
En brefUn TJM ne se calcule pas en divisant un salaire souhaité par vingt jours. Il faut remonter du revenu visé vers le chiffre d'affaires, par une division et non par une multiplication.Les jours réellement facturables sont rarement plus de 150 par an, jamais 218 : congés, administratif, prospection et intercontrats se déduisent.En micro-entreprise, aucun frais n'est déductible : le prix doit les couvrir entièrement.
« Je voudrais gagner 2 500 € par mois, je facture donc 150 € par jour. » Ce raisonnement est celui de la majorité des indépendants qui démarrent, et il conduit à un revenu réel d'environ 1 300 € — parfois moins.
L'erreur ne vient pas d'un manque d'ambition mais d'un calcul fait à l'envers. Voici la méthode correcte, appliquée à un cas chiffré du début à la fin.
Les trois erreurs qui faussent tout
Elles se cumulent, et chacune coûte environ un tiers du revenu attendu.
Confondre chiffre d'affaires et revenu. En micro-entreprise, il n'y a ni salaire ni fiche de paie : ce que vous encaissez n'est pas ce que vous gagnez. Notre article sur se payer en micro-entreprise revient sur cette distinction fondamentale.
Multiplier au lieu de diviser. Pour couvrir 25 % de cotisations, on ajoute spontanément 25 % au montant voulu. C'est faux : il faut diviser par 0,75. Sur 30 000 €, l'écart entre les deux méthodes atteint 2 500 € par an.
Compter tous les jours ouvrés. Une année compte environ 250 jours ouvrés, mais personne ne facture 250 jours. Entre les congés, la gestion, la prospection et les périodes creuses, le chiffre réel tourne autour de 140 à 160.
Étape 1 : le revenu que vous visez
Commencez par le seul chiffre qui compte vraiment : ce qui doit rester disponible chaque mois, avant impôt sur le revenu.
Prenons un consultant en BNC qui vise 2 500 € par mois, soit 30 000 € par an. C'est le point de départ, et il est volontairement modeste : l'équivalent d'un salaire net de cadre débutant.
Étape 2 : ajouter les frais que personne ne déduira
C'est la particularité du régime micro, et elle est structurelle.
Aucune dépense professionnelle n'est déductible de votre chiffre d'affaires : ni le matériel, ni les logiciels, ni l'assurance, ni les déplacements. L'abattement forfaitaire est censé les représenter, mais il ne joue que sur l'impôt, pas sur les cotisations — notre article sur les frais non déductibles détaille ce mécanisme.
Additionnez donc vos charges réelles annuelles :
- assurance responsabilité civile professionnelle : 150 à 400 € ;
- logiciels, hébergement, abonnements : 400 à 1 200 € ;
- matériel amorti sur trois ans : 500 à 1 000 € ;
- téléphone, connexion, part du loyer : 600 à 1 200 € ;
- formation, documentation, cotisations professionnelles : 300 à 1 000 € ;
- déplacements non refacturés : variable.
Retenons 4 800 € pour notre consultant. Le besoin annuel passe donc à 34 800 €.
Étape 3 : remonter au chiffre d'affaires
C'est l'étape où l'on divise, et c'est tout l'enjeu du calcul.
Les taux 2026 publiés par l'Urssaf sont les suivants :
- achat-revente de marchandises (BIC) : 12,3 %, plus 0,1 % de contribution formation ;
- prestations de services commerciales et artisanales (BIC) : 21,2 %, plus 0,1 ou 0,3 % selon que vous êtes commerçant ou artisan ;
- autres prestations de services (BNC) : 25,6 %, plus 0,2 % ;
- professions libérales réglementées relevant de la Cipav : 23,2 %, plus 0,2 %.
Notre consultant BNC supporte donc 25,8 % au total. Le chiffre d'affaires nécessaire est de 34 800 divisé par 0,742, soit 46 900 €.
Vérifions : 46 900 € moins 25,8 % de cotisations, soit 12 100 €, laissent 34 800 €, dont 4 800 € partent en frais. Il reste bien 30 000 €.
Étape 4 : compter les jours réellement facturables
C'est l'étape la plus douloureuse, et celle qu'on escamote systématiquement.
- 365 jours, moins les week-ends et les jours fériés : environ 250 jours ouvrés.
- Moins cinq semaines de congés : 225 jours.
- Moins 20 % consacrés à l'administratif, la prospection, la formation et la comptabilité : 180 jours.
- Moins les périodes creuses et les intercontrats, soit un taux de remplissage réaliste de 80 % : 144 jours.
Cent quarante-quatre jours. C'est le chiffre que retiennent les indépendants expérimentés, et il surprend toujours les débutants. Une première année, il est souvent plus proche de 100.
Étape 5 : le résultat, et sa lecture
46 900 € divisés par 144 jours donnent 326 €, que l'on arrondit à 330 € par jour.
Ce chiffre est un plancher, pas un objectif : il correspond à 2 500 € par mois avant impôt, sans épargne, sans investissement et sans marge de sécurité. Un TJM cible se situe 20 à 30 % au-dessus, soit environ 400 à 430 €.
Faisons maintenant le calcul inverse, avec le tarif que beaucoup annoncent en démarrant. À 250 € par jour sur 144 jours, le chiffre d'affaires atteint 36 000 €. Moins 25,8 % de cotisations : 26 712 €. Moins 4 800 € de frais : 21 912 € par an, soit 1 826 € par mois avant impôt.
L'écart entre 250 et 330 € par jour n'est donc pas un écart de confort : c'est la différence entre une activité qui tient et une activité qui s'épuise.
Et l'impôt sur le revenu
Il vient après, et il ne se calcule pas sur le chiffre d'affaires.
L'administration applique un abattement forfaitaire pour frais professionnels : 71 % en vente, 50 % en prestations de services BIC, 34 % en BNC. Le revenu imposable de notre consultant serait donc de 46 900 × 66 %, soit 30 954 €.
Si vous avez opté pour le versement libératoire, l'impôt est prélevé directement avec les cotisations, à 1 % en vente, 1,7 % en prestations de services et 2,2 % en BNC. Dans ce cas, ajoutez ce taux à votre calcul d'étape 3 : notre consultant diviserait par 0,720 au lieu de 0,742, et son chiffre d'affaires nécessaire passerait à 48 300 €. Notre article sur le versement libératoire aide à choisir entre les deux.
Vérifier que le TJM tient dans les plafonds
Un contrôle rapide, mais nécessaire.
À 330 € par jour sur 144 jours, le chiffre d'affaires atteint 47 500 € : confortable sous le plafond du régime micro de 83 600 € en prestations de services, mais au-dessus du seuil de franchise de TVA de 37 500 €.
Autrement dit, ce niveau de tarif implique de devenir redevable de la TVA. Ce n'est pas un problème si vos clients sont des entreprises — ils la récupèrent — mais cela change la présentation de vos prix et impose des déclarations. Notre guide des plafonds de la micro-entreprise détaille les seuils et le calendrier de bascule.
Les ajustements légitimes
Un TJM n'est pas un tarif unique gravé dans le marbre. Quatre variations sont usuelles et défendables.
La durée de la mission. Une mission longue réduit vos coûts de prospection et sécurise votre remplissage : une remise de 10 % sur un engagement de trois mois est économiquement rationnelle.
L'urgence. Un délai contraint déplace d'autres travaux et justifie une majoration, à condition de l'annoncer avant et non sur la facture.
Le déplacement. Une journée sur site consomme souvent une journée et demie. Elle se facture comme telle, ou se majore — voir notre article sur la refacturation des frais.
Le risque de paiement. Un nouveau client sans acompte est un pari. L'acompte est préférable à la majoration, et se prévoit dans le devis.
Quand et comment augmenter
La règle empirique la plus fiable : si vous n'avez refusé aucune mission au cours des six derniers mois, votre tarif est trop bas.
Un taux d'acceptation de 100 % ne signifie pas que vous êtes excellent, mais que vous êtes bon marché. Le taux d'acceptation sain se situe autour de deux propositions acceptées sur trois.
Pour augmenter sans casse : appliquez le nouveau tarif aux nouveaux clients d'abord, prévenez les clients existants un à deux mois à l'avance, et n'augmentez jamais en cours de mission. Une hausse annuelle de 5 à 8 % passe partout ; un rattrapage de 30 % après trois ans d'immobilisme, rarement.