Passer à la TVA : faut-il augmenter ses prix ?

Avec des clients professionnels, le passage est neutre. Avec des particuliers, il faut arbitrer. Le calcul à faire avant de franchir le seuil.

Couverture de l'article : passer à la TVA, faut-il augmenter ses prix

Vous approchez du seuil, vous allez devoir facturer la TVA, et la question tombe : faut-il répercuter les 20 % sur vos tarifs ? La réponse dépend entièrement d'une chose — qui sont vos clients.

En brefAvec des clients professionnels, le passage est presque neutre : ils récupèrent la TVA.Avec des particuliers, chaque euro de TVA renchérit le prix payé.Vous récupérez en contrepartie la TVA sur vos propres achats.Le pire scénario est de subir le passage : il s'anticipe plusieurs mois à l'avance.

Où se situe le basculement

En prestations de services, la franchise en base s'arrête à 37 500 € de chiffre d'affaires encaissé, avec un seuil majoré de tolérance à 41 250 €. En vente de marchandises, ces montants sont de 85 000 € et 93 500 €.

Sous le seuil majoré, vous devenez redevable au 1er janvier suivant. Au-delà, la TVA s'applique immédiatement, dès le premier jour du mois de dépassement. Le mécanisme complet est détaillé dans notre guide sur la franchise en base de TVA.

Si vos clients sont des entreprises

C'est le cas le plus simple, et le plus souvent mal compris. Vos clients professionnels récupèrent la TVA que vous leur facturez : elle ne leur coûte rien.

Un exemple. Vous facturez aujourd'hui 1 000 € sans TVA. Demain, vous facturez 1 000 € hors taxes, soit 1 200 € toutes taxes comprises. Votre client déboursera 1 200 €, puis récupérera les 200 € : son coût réel reste de 1 000 €. Et vous encaissez toujours 1 000 € pour vous, les 200 € étant reversés à l'administration.

Conclusion : gardez vos tarifs hors taxes inchangés. Ajouter la TVA par-dessus ne dégrade en rien votre compétitivité auprès d'une clientèle professionnelle.

Vous y gagnez même : vous récupérez désormais la TVA sur vos achats professionnels — matériel, logiciels, fournitures, sous-traitance. Sur une activité qui investit, l'effet est loin d'être négligeable.

Si vos clients sont des particuliers

Là, le problème est réel. Un particulier ne récupère rien : les 20 % s'ajoutent à ce qu'il paie.

Vous avez trois voies, et aucune n'est indolore.

Répercuter intégralement

Votre prestation à 60 € passe à 72 € pour le client. Votre revenu est préservé, mais vous devenez plus cher — d'un coup, et de manière visible.

C'est tenable si votre valeur est bien établie et si vos concurrents sont eux aussi assujettis. Ce l'est moins face à des concurrents restés en franchise, qui afficheront mécaniquement 20 % de moins.

Absorber

Vous maintenez le prix affiché à 60 € toutes taxes comprises. Le client ne voit aucun changement, mais vous ne conservez que 50 € : votre revenu baisse de 17 %.

C'est la solution qui préserve la clientèle et abîme la marge. Elle n'est soutenable que si votre volume progresse suffisamment pour compenser.

Partager l'effort

Le plus fréquent en pratique : vous passez à 66 € toutes taxes comprises. Le client subit une hausse mesurée, vous perdez une partie de votre marge. Personne n'est pleinement satisfait, mais l'activité continue.

Le calcul à faire avant de décider

Trois chiffres à poser, dans cet ordre.

La part de clientèle professionnelle. Si 80 % de votre chiffre d'affaires vient d'entreprises, le sujet est marginal : vous répercutez, et vous ajustez seulement pour les particuliers.

Le montant de TVA récupérable sur vos achats. Additionnez vos dépenses professionnelles annuelles et calculez la TVA correspondante. Sur une activité qui achète beaucoup de matériel, cette récupération compense une partie réelle de la perte.

Votre position tarifaire. Si vous êtes déjà le moins cher de votre secteur, vous avez de la marge pour répercuter. Si vous êtes au niveau du marché, une hausse de 20 % vous place au-dessus.

Le vrai enjeu : ne pas subir

Le pire scénario n'est aucun des trois précédents. C'est de découvrir le franchissement après coup, quand des factures sont déjà parties sans TVA alors qu'elles auraient dû en comporter.

Il faut alors revenir vers des clients qui ont déjà payé pour leur réclamer un complément — ou l'absorber soi-même. C'est désagréable commercialement, et coûteux dans tous les cas.

Anticiper, c'est simplement suivre son cumul encaissé en continu et savoir plusieurs mois à l'avance que le seuil approche. Vous avez alors le temps de prévenir vos clients, d'ajuster vos tarifs et de préparer vos documents — au lieu de réagir dans l'urgence.

Ce qui change concrètement

Une fois redevable, trois choses évoluent.

Vos factures. La mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » disparaît. Apparaissent le taux, le montant hors taxes, le montant de TVA et le total toutes taxes comprises. Les factures antérieures, elles, ne se modifient pas.

Vos déclarations. Vous obtenez un numéro de TVA intracommunautaire, puis déclarez et reversez la TVA collectée selon la périodicité qui vous est attribuée.

Votre trésorerie. Point souvent sous-estimé : la TVA que vous encaissez ne vous appartient pas. Elle transite par votre compte avant d'être reversée. Un compte dédié aide à ne pas la confondre avec votre revenu — voir notre article sur le compte bancaire dédié.

Comment l'annoncer à vos clients

C'est la partie que tout le monde redoute, et elle se passe généralement mieux que prévu — à condition de ne pas laisser la surprise arriver sur la facture.

Prévenez avant, pas après. Un message simple, quelques semaines à l'avance : votre activité a franchi le seuil, vous devenez assujetti à la TVA, voici ce que cela change pour eux à compter de telle date.

Dites-le sans vous excuser. Franchir le seuil signifie que votre activité se développe : c'est un signal de solidité, pas un aveu. Formulé ainsi, l'annonce passe souvent pour une bonne nouvelle.

Distinguez vos publics. À un client professionnel, précisez que son coût réel reste identique puisqu'il récupère la TVA — beaucoup l'ignorent et s'inquiètent inutilement. À un particulier, annoncez le nouveau prix toutes taxes comprises, en une seule fois, sans étaler la hausse sur plusieurs mois : les augmentations répétées marquent davantage qu'un ajustement unique.

Honorez les devis en cours. Un devis signé avant le basculement doit être facturé aux conditions convenues. Revenir dessus abîmerait la relation pour un gain minime.

Et si je passais volontairement à la TVA ?

C'est possible, et parfois avantageux. Si vos clients sont majoritairement des professionnels et que vos achats sont importants, renoncer volontairement à la franchise vous permet de récupérer la TVA sur vos dépenses sans rien coûter à vos clients.

Le calcul se fait au cas par cas : comparez la TVA récupérable annuelle au surcroît de gestion et à l'effet éventuel sur votre clientèle particulière.

Questions fréquentes

Faut-il augmenter ses prix en passant à la TVA ?

Avec une clientèle professionnelle, non : elle récupère la TVA, vous pouvez donc l'ajouter à vos tarifs hors taxes sans perte de compétitivité. Avec des particuliers, il faut arbitrer entre répercuter, absorber ou partager l'effort.

Mes clients professionnels paieront-ils plus cher ?

Non. Ils avancent la TVA puis la récupèrent : leur coût réel reste identique.

Que deviennent mes factures déjà émises ?

Elles ne se modifient pas. En revanche, celles établies sans TVA après la date à laquelle vous en êtes devenu redevable doivent être régularisées.

Puis-je passer volontairement à la TVA ?

Oui, en renonçant à la franchise. C'est souvent intéressant avec une clientèle professionnelle et des achats importants, puisque vous récupérez alors la TVA sur vos dépenses.

Comment savoir que j'approche du seuil ?

En suivant votre chiffre d'affaires encaissé en continu, et non en fin d'année. C'est ce suivi qui permet d'anticiper plusieurs mois à l'avance plutôt que de découvrir le dépassement après coup.

Sources

Informations vérifiées le 22 août 2026. Les taux de TVA applicables dépendent de la nature de votre activité : vérifiez celui qui vous concerne.

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