Facturer en freelance : TJM, forfait, cession de droits et seuil de TVA
Régie ou forfait, acompte, cession de droits : les règles du freelance, et le seuil de TVA qui arrive plus vite qu'on ne croit.
Graphiste, développeur, rédacteur, consultant : vous vendez du temps et des livrables immatériels. Cela change tout à votre facturation — et vous expose à un seuil de TVA qui arrive bien plus vite que vous ne le pensez.
En brefEn prestations de services, la TVA s'applique dès 37 500 € de chiffre d'affaires encaissé.Régie ou forfait : deux modes de facturation aux risques très différents.Les clients étrangers relèvent d'un régime distinct, y compris pour la facturation électronique.La cession de droits se facture : elle ne va pas de soi.
Le piège du seuil de TVA
Commençons par ce qui surprend le plus de freelances. Vous êtes en franchise en base, vous facturez sans TVA, tout va bien. Puis votre activité décolle.
En prestations de services, la franchise s'arrête à 37 500 € de chiffre d'affaires encaissé, avec un seuil majoré de tolérance à 41 250 €. À 450 € la journée, cela représente environ 83 jours facturés — soit une activité loin d'être exceptionnelle pour un freelance établi.
La conséquence dépend du seuil franchi. Sous le seuil majoré, vous basculez au 1er janvier suivant. Au-delà, la TVA s'applique immédiatement, dès le premier jour du mois de dépassement — et les factures déjà émises sans TVA doivent être régularisées.
C'est précisément le scénario à éviter : réclamer un complément de 20 % à un client qui a déjà payé. Notre guide sur la franchise en base de TVA détaille les seuils et les conséquences.
La bonne nouvelle
Si vos clients sont des entreprises, elles récupèrent la TVA : passer en base ne renchérit rien pour elles. Vous pouvez ajouter la TVA à vos tarifs sans perdre en compétitivité, et vous récupérez en prime la TVA sur vos achats — matériel, logiciels, abonnements.
Beaucoup de freelances redoutent ce passage sans réaliser qu'avec une clientèle professionnelle, il est fiscalement neutre pour le client et favorable pour eux.
Régie ou forfait : choisir son risque
La régie facture le temps passé, à la journée ou à l'heure. Le risque de dérive est porté par le client : si le projet prend deux fois plus de temps, vous facturez deux fois plus. En contrepartie, vous devez justifier votre temps, et le client accepte mal une facture qui gonfle sans explication.
Le forfait fixe un prix pour un livrable défini. Le risque bascule sur vous : un projet mal cadré se transforme en heures non payées. C'est le mode qui rassure les clients, et celui qui ruine les freelances qui chiffrent à l'instinct.
La règle qui protège : au forfait, définissez précisément le périmètre et le nombre d'allers-retours inclus. « Trois séries de corrections comprises, les suivantes facturées à l'heure » évite la révision infinie qui transforme une belle mission en gouffre.
L'acompte, même sur l'immatériel
Un artisan qui avance du matériel demande naturellement un acompte. Le freelance, lui, hésite — il n'a « rien avancé » sinon son temps.
C'est une erreur de raisonnement : votre temps est votre seul stock, et il ne se récupère pas. Un acompte de 30 % à la commande engage le client, filtre les projets qui n'aboutiront jamais, et vous évite d'avoir travaillé trois semaines pour rien si le projet est annulé.
Sur les missions longues, préférez un échéancier : acompte au démarrage, versement intermédiaire à une étape identifiable, solde à la livraison.
La cession de droits : ce qu'on oublie de facturer
Si vous créez un logo, un site, des photographies, des textes, vous êtes titulaire de droits sur votre création. Les céder est un acte distinct de la prestation elle-même.
En pratique, beaucoup de freelances livrent sans rien préciser — et découvrent que le client réutilise le travail sur d'autres supports, d'autres marchés, sans contrepartie.
Précisez sur le devis ce qui est cédé : quels supports, quelle durée, quel territoire, et à quel titre exclusif ou non. Une cession large se facture plus cher qu'un usage limité. Ce n'est pas une subtilité juridique : c'est une ligne de facturation à part entière.
Les clients à l'étranger
Un développeur qui travaille pour une entreprise allemande, un graphiste qui facture un client canadien : ces opérations sortent du circuit français ordinaire.
Elles relèvent de règles particulières en matière de TVA, avec des mentions spécifiques sur la facture selon que le client est établi dans l'Union européenne ou en dehors. Et pour la réforme de la facturation électronique, elles relèvent de l'e-reporting — la transmission de données à l'administration — et non de l'échange de factures par plateforme.
Notre article sur la facturation aux particuliers et à l'étranger explique cette distinction.
Les délais de paiement des grands comptes
C'est la réalité du freelance qui travaille avec des entreprises structurées : trente, quarante-cinq, parfois soixante jours. Additionnés au délai d'émission de votre facture, ces délais créent un décalage de trésorerie considérable.
Trois réflexes limitent la casse. Facturer dès la livraison, pas en fin de mois. Obtenir le numéro de bon de commande avant de facturer, faute de quoi votre facture sera rejetée et le compteur repartira de zéro. Et relancer dès l'échéance, sans considérer qu'un grand compte paie forcément.
Rappelons que les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € sont dues de plein droit entre professionnels : voir notre article sur la relance des factures impayées.
Ce que ça demande à votre outil
Un freelance a besoin d'un TJM enregistré une fois pour toutes, de factures récurrentes pour les missions au mois, d'un suivi des échéances qui distingue le retard réel du délai contractuel, et surtout d'un suivi du seuil de TVA en continu.
C'est ce dernier point qui fait la différence : être prévenu à 32 000 € permet d'anticiper ; le découvrir à 42 000 € oblige à régulariser. Notre page dédiée aux consultants et freelances détaille ce que Clarry prend en charge.
Questions fréquentes
À partir de quel montant un freelance doit-il facturer la TVA ?
En prestations de services, la franchise en base s'arrête à 37 500 € de chiffre d'affaires encaissé, avec un seuil majoré de tolérance à 41 250 €. Au-delà de ce dernier, la TVA s'applique immédiatement.
Faut-il facturer au forfait ou en régie ?
La régie fait porter le risque de dérive au client, le forfait le fait porter au prestataire. Au forfait, il est essentiel de définir précisément le périmètre et le nombre d'allers-retours inclus.
Un freelance peut-il demander un acompte ?
Oui, et c'est recommandé : trente pour cent à la commande est un usage courant. L'acompte engage le client et protège contre les projets annulés après plusieurs semaines de travail.
Comment facturer un client étranger ?
Ces opérations obéissent à des règles de TVA particulières, avec des mentions spécifiques selon que le client est établi dans l'Union européenne ou en dehors. Elles relèvent par ailleurs de l'e-reporting et non de la facturation électronique entre entreprises françaises.
La cession de droits doit-elle être facturée séparément ?
Elle doit au minimum être précisée : supports, durée, territoire, exclusivité ou non. Une cession large justifie un tarif supérieur à un usage limité, et l'absence de mention crée des malentendus coûteux.
Sources
- impots.gouv.fr — Seuils du régime micro-entrepreneur
- economie.gouv.fr — Bénéficier de la franchise de TVA
Informations vérifiées le 22 août 2026.